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Une collaboratrice avec une résidente de l'EMS
Société

Les visites en EMS malgré le COVID-19

Temps de lecture: 5' Posté le Par Elodie Lavigne

Les résidentes et résidents de l’EMS Clair-Soleil ont reçu la visite du personnel de la Fondation Asile des aveugles durant la pandémie.

En raison de la crise sanitaire, les EMS ont dû restreindre les visites des proches. Grâce aux bénévoles de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin par exemple, les résidentes et résidents de l’EMS Clair-Soleil ont pu garder un lien avec l’extérieur.

Dans l’Ouest lausannois, à Ecublens, les personnes âgées malvoyantes ou aveugles peuvent être accueillies à Clair-Soleil, un établissement médico-social (EMS) de la Fondation Asile des aveugles spécialement aménagé pour elles. Ouvert sur l’extérieur, cet EMS est très impliqué dans la vie de la commune. En temps normal, une quarantaine de bénévoles s’y relaie pour rendre visite aux quelque 94 résidentes et résidents pour des moments de lecture, de chant, de jeux, pour un accompagnement spirituel ou des rencontres en tête-à-tête. La crise sanitaire, on le sait, a bouleversé les choses.

En mars 2020, les visites des bénévoles ont dû être interrompues, celles des proches limitées. Pour combler ce manque, durant deux mois environ, des dizaines de collaboratrices et collaborateurs de tous les secteurs (administratif, soignant, etc.) ont passé quelques heures par semaine à l’EMS, pour la plupart sur leur temps de travail. Une initiative qui a rencontré beaucoup d’enthousiasme et qui a permis aux aînés de garder un lien avec le monde environnant, dans le respect des règles sanitaires, confirme Eulalie Feret, responsable du secteur hôtelier de Clair-Soleil : « Le personnel de la Fondation est formé aux mesures d’hygiène hospitalière. Ces visites nécessitent dès lors moins d’encadrement et offrent de vrais moments de rencontre des deux côtés ! »

Aujourd’hui, les visites ont repris, sous conditions. Le bénévolat sous forme de visites individuelles, quant à lui, est de nouveau possible depuis la deuxième injection du vaccin anti-Covid aux résidentes et résidents, pour leur plus grand plaisir.

Des instants précieux de recueillement et d’échange aident à surmonter la solitude lorsque les visites sont interdites.

« C’était une expérience incroyablement riche »

Paola Caputo, coordinatrice des cours et congrès à la Direction médicale de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin, a été bénévole durant la deuxième vague.

« J’habite à côté de l’Institution Clair-Soleil. Alors, quand la Fondation Asile des aveugles nous a demandé si nous voulions nous rendre disponibles, je n’ai pas hésité. J’ai congé le vendredi, c’était normal pour moi de venir apporter mon aide. C’était aussi une façon de compenser l’aide que je ne peux apporter à ma mère, qui vit en Italie et que je n’ai pas vue depuis des mois à cause de la pandémie. On m’a indiqué quels résidents rencontrer, en fonction des besoins, mais après y être allée plusieurs fois, j’ai aussi eu mes coups de cœur.

Je me souviens de cette dame très attachante, elle aussi d’origine italienne. Elle parlait en dialecte napolitain et disait beaucoup de gros mots. Il y avait un contraste entre son langage incroyablement vulgaire et son apparence très soignée, avec ses turbans, son maquillage, ses bijoux. Elle est malheureusement décédée du Covid-19. Je me suis aussi prise d’affection pour une autre dame italienne. D’une fois à l’autre, elle ne se souvenait pas de moi, mais le plaisir avec lequel elle m’accueillait était le même, c’était le meilleur des retours. Ou ce monsieur aveugle qui m’a demandé de lire son journal. Quand je me suis excusée de mon fort accent, il m’a répondu : « Non, non », avec cette classe d’autrefois. Il y avait des moments drôles aussi, comme lorsque je lui ai annoncé le décès de Valéry Giscard d’Estaing. « 94 ans ? Je ne savais pas qu’il était aussi vieux », a-t-il réagi du haut de ses 92 ans.

Nos visites ont été très appréciées. Quand on est encore dans la vie active, on amène un air frais et d’autres sujets de conversation. Pour moi, c’était incroyablement riche. Cela m’a permis de réfléchir à la place que nous accordons aux personnes âgées dans notre société. J’ai vu des personnes malades, qui n’étaient plus présentes à elles-mêmes, d’autres au contraire avec un esprit tellement vif, avec beaucoup d’humour. On a tendance à s’arrêter aux apparences, au côté parfois râleur et intolérant de certains, sans aller au-delà. Pourtant, certaines de ces personnes ont changé le cours des choses, comme cette ancienne juge féministe que j’ai eu l’occasion de rencontrer. Même s’il n’est pas toujours facile de dialoguer, ces rencontres nous ouvrent des fenêtres sur des parcours de vie incroyables. »

« Les résidents se réjouissent de ce moment »

La lecture du journal, un moment de partage apprécié des résidentes et résidents.

Claudine Breider est bénévole pour la lecture du journal.

« La lecture est un moment important dans le quotidien des résidents. Je me souviens de cette femme qui mettait ses plus beaux bijoux à cette occasion. Je fais pour eux une revue de presse, en privilégiant les bonnes nouvelles. Les faits divers de la région sont très appréciés, ils suscitent des réactions et des discussions intéressantes. Ces échanges font également appel aux souvenirs de ces personnes. C’est agréable pour eux de pouvoir parler de ce qu’ils ont vécu. Je me réjouis de pouvoir poursuivre cette activité. »

« Il est important de rompre l’isolement »

Catherine Chapuis, diacre à l’Église réformée du Canton de Vaud, propose des visites spirituelles.

« Je viens de l’Église, mais j’offre une écoute neutre à qui en a besoin. Si quelqu’un souhaite un moment de recueillement, j’y accède ; si on me dit que l’aspect religieux n’intéresse pas, je propose un accompagnement simple. Le plus important est que la personne se sente rejointe, entendue et moins seule. Car il y a beaucoup de solitude, surtout durant le confinement. Des liens particuliers se créent. Venant de l’extérieur, je représente autre chose pour eux. La proximité de la fin de vie questionne les résidents, beaucoup de souvenirs reviennent, y compris les deuils vécus. Je suis toujours émue et touchée par ce qu’on me confie. J’essaie d’apporter un peu de soutien et de consolation. Je pense qu’il y a un avenir pour chacune et chacun et je tiens à offrir un message d’espoir. »

Des messages et des dessins d’encouragement pour les résident·e·s

Lawrence a 15 ans. Étudiant au Centre pédagogique pour élèves handicapés de la vue (CPHV), il effectue un stage d’une année, tous les mardis, à l’EMS Clair-Soleil. Parmi ses tâches d’intendance : la buanderie, la cuisine, le ménage. Voyant que les résidents s’ennuient de ne pas recevoir de visite, il a une idée : un peu de lecture et des dessins colorés leur feraient du bien. Tous les élèves du Centre pédagogique s’y sont mis : Alison, Eron, Tomas, Lucien ont écrit un petit texte d’encouragement, Amela a fait un gros cœur en braille, Zuriette a dessiné son chat, Flavien un grand soleil et un « courage » dans le ciel, Owen a colorié un Pikachu (petit animal imaginaire jaune de la série Pokémon), le plus jeune, Andreï, a gribouillé un magnifique « bonjour » sur une feuille toute jaune… Tous ces messages et ces dessins ont atteint leur but – « ils ont fait du bien » – et sont maintenant suspendus fièrement dans différentes chambres.

Des petits mots et des dessins pour dire aux résidentes et résidents qu’on pense à eux, tout simplement.

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L’article original a été modifié pour en faire une version web.

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