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La Fondation Asile des aveugles entre au musée

Temps de lecture: 5' Posté le Par Esther Rich

Détour par les archives photographiques

Des centaines de photographies et de documents graphiques sont désormais conservés au Musée Historique de Lausanne. Ils retracent l’évolution de la Fondation Asile des aveugles qui fête cette année ses 180 ans.

Les mains protégées par des gants bleus, Diana Le Dinh ouvre précautionneusement une boîte en carton sur laquelle est inscrit au crayon « FAA archives ». La conservatrice des collections de photographie du Musée Historique de Lausanne en ressort un album d’un autre temps : couverture en cuir, légendes et annotations faites dans une belle écriture cursive et à la plume. Le voyage dans le temps peut commencer. Nul besoin de machine sophistiquée, il suffit de regarder les innombrables photographies (plusieurs centaines) qui retracent l’histoire de la Fondation Asile des aveugles (FAA) et qui sont conservées dans la réserve du joli bâtiment lausannois, à deux pas de la cathédrale.

« Une des missions du musée est de conserver les images qui sont en lien avec Lausanne. Elles forment une documentation patrimoniale que nous pouvons – si besoin – utiliser et mettre en valeur lors de nos expositions ou pour illustrer des publications », explique Diana Le Dinh.

Les photographies de la Fondation ne se limitent pas à montrer des bâtiments ou des chantiers, elles témoignent également du quotidien des personnes prises en charge par les différentes structures dédiées aux aveugles au fil du temps. Ainsi, on peut voir des hommes pendant un atelier de vannerie vers 1900, une jeune femme jouant du piano, des enfants lors d’un goûter en plein air ou d’un cours de zoologie, un écureuil empaillé devant eux. Une image assez insolite montre de jeunes aveugles téméraires prenant la pose sur de très hautes échelles appuyées contre un arbre pour la cueillette des cerises. Une autre montre un enfant en train de toucher une carte du monde en relief accrochée au mur, pendant son cours de géographie.

Âge d’or de la carte postale

Outre les tirages photographiques classiques, le fonds conservé au musée regorge de cartes postales. « La fin du 19e siècle et le début du 20e sont l’âge d’or de la carte postale. Il est donc normal que l’on en retrouve autant émanant de la Fondation Asile des aveugles. Elles avaient un but commercial », précise la conservatrice. Une façon de faire connaître les nombreuses activités proposées en haut de l’avenue de France.

L’une de ces cartes montre par exemple la consultation du Dr Marc Dufour : le médecin ausculte un patient pendant que plusieurs autres personnes attendent derrière lui, faisant patiemment la queue pour être vues par le célèbre spécialiste. L’intimité et le secret médical semblaient ne pas être prépondérants au siècle passé.

Dans une série de trois cartes postales, on voit Jules Gonin, l’illustre ophtalmologue, sous trois angles différents. Le visage de la vedette de l’hôpital pouvait ainsi être envoyé par la poste sous son meilleur profil. « Lorsque l’on regarde de près ces cartes postales, on y décèle les histoires qui s’y cachent. Certaines légendes qui y sont inscrites ne seraient clairement plus possibles aujourd’hui, à l’instar de l’inscription « Aveugle au piano » que l’on peut lire au bas de cette photo », s’amuse Diana Le Dinh.

Et que penser de cette image de salle de classe où tout est parfaitement bien rangé, mais où l’on perçoit des traces de pas sur le plancher fraîchement ciré ? Le photographe aurait-il voulu changer la disposition des chaises sans penser à s’essuyer les pieds avant ? L’histoire ne le dit pas…

Jeune fille jouant au piano avec une partition en braille. Vers 1910. Photo Musée Historique de Lausanne, Fonds Asile des aveugles.

Dessin des yeux

Si les photographies constituent la majorité des archives conservées au musée, celles-ci comprennent aussi quelques tableaux et dessins. On découvre ainsi le travail étonnant de Jean-Pierre Fritschy. « Il travaillait à l’hôpital comme dessinateur avant l’arrivée de la photographie. Souvent, les médecins faisaient eux-mêmes les dessins des pathologies oculaires qu’ils traitaient, mais cela leur arrivait de faire appel à un dessinateur lors de publications », explique Yann Leuba, graphiste et photographe à la Fondation Asile des aveugles. Les dessins de Jean-Pierre Fritschy, la plupart montrant une cataracte, sont étonnants. « Sur celui-ci, on croirait voir Saturne », s’amuse Diana Le Dinh. Et les 17 autres références du dessinateur, aux couleurs vives et au trait sûr, pourraient avoir leur place dans un Musée d’art contemporain tant elles sont graphiquement réussies. Difficile de réaliser qu’il couchait sur papier des pathologies parfois très graves.

Dessin d'un cristallin opacifié
L’un des dessins de Jean-Pierre Fritschy, représentant un cristallin opacifié (cataracte) traversé par la lumière de la lampe à fente (microscope utilisé par l’ophtalmologue).

Photos sauvées des eaux

Dans la réserve du Musée Historique de Lausanne où se trouvent les archives de la Fondation Asile des aveugles, il ne fait pas très chaud (14 °C) et aucune lumière du jour ne filtre. La conservation des documents historiques nécessite des conditions particulières. Mais les images de la fondation n’ont pas toujours été aussi bien conservées. « Elles se trouvaient dans une cave de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin à Lausanne. Il y faisait humide et la lumière du jour y entrait. À l’approche des 175 ans de la Fondation (en 2018), on m’a demandé si je voulais bien mettre un peu d’ordre dans tous ces cartons. J’ai alors pris contact avec le Musée Historique de Lausanne pour leur remettre ces archives. Nous avons déplacé ce matériel quelques jours à peine avant qu’une inondation n’endommage la cave. Nous aurions sinon tout perdu ! » explique Yann Leuba, graphiste et photographe à la Fondation. La conservatrice du Musée Historique de Lausanne, Diana Le Dinh, et son équipe s’étaient rendus plusieurs fois à l’hôpital pour commencer le grand travail de pré-tri. Aujourd’hui, 493 fiches sont référencées sur le site du musée, mais le travail n’est pas encore terminé.

Yann Leuba, aux archives de la Fondation
Yann Leuba, aux archives de la Fondation

Nous avons modifié l’article original pour en faire une version web.

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