Viser sans (bonne) vision, c’est possible !
Une initiation destinée aux personnes malvoyantes et aveugles.
En octobre dernier, le Centre mondial de tir à l’arc de Lausanne, en collaboration avec l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin, a organisé pour la première fois des séances d’initiation à ce sport à l’intention d’enfants et de jeunes adultes malvoyants ou aveugles. Le succès ayant été au rendez-vous, l’expérience a déjà été renouvelée.
A priori, cela parait surprenant. Pourtant, même lorsqu’on n’a pas une bonne vision, « il est tout à fait possible de pratiquer le tir à l’arc », souligne Howard Catherine, coach au Centre mondial de tir à l’arc à Lausanne. La preuve : « Un archer malvoyant, le Coréen Im Dong-Hyun, a été plusieurs fois champion paralympique », ajoute la Prof. Aki Kawasaki, responsable de l’unité de neuro-ophtalmologie de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin. D’ailleurs, des enfants, adolescents, adolescentes et jeunes adultes souffrant de malvoyance ou aveugles ont pu s’en convaincre, en octobre dernier. En effet, ils ont pu participer à des séances d’initiation à ce sport organisées au Centre mondial de tir à l’arc de Lausanne.
Le tir à l’arc est adapté à tous les publics, jeunes et plus âgés, malvoyants et aveugles.
Howard Catherine, coach au Centre mondial de tir à l’arc à Lausanne
Ce projet est né de la rencontre entre l’entraîneur, qui avait déjà tenté l’expérience lorsqu’il travaillait en France, et l’ophtalmologue, elle-même adepte du tir à l’arc, en particulier de sa version japonaise, le kyudo. Dans ce sport, « il est plus important de sentir le geste que de viser la cible, précise la Prof. Kawasaki. Si on a un problème avec l’un de nos sens, il faut en utiliser un autre. »
C’est donc au sens du toucher qu’Howard Catherine a eu recours. Il a mis en place des repères tactiles pour ses jeunes élèves. Pour aider les archères et les archers en situation de handicap visuel à bien s’orienter, « on installe une sorte de mât, que l’on nomme une « potence ». La personne peut poser sa main dessus pour connaître la direction de la cible. En outre, on bloque ses pieds sur une plateforme en bois pour lui éviter tout décalage latéral », explique le coach.

À partir de 5 ans
Quatre séances d’initiation d’une heure trente maximum étaient organisées pour les différentes tranches d’âge (5-8 ans, 9-12 ans, 13-15 ans et plus de 16 ans). « Le tir à l’arc est une discipline relativement technique et demande un apprentissage. Mais avec du matériel adapté, on peut rapidement prendre du plaisir à le pratiquer », constate l’entraîneur.
C’est pour cette raison qu’Howard Catherine a fait tirer aux enfants d’abord des fléchettes munies de velcro qui venaient se coller sur une cible en tissu. Il a ensuite utilisé des fléchettes dotées de ventouses. « Quel que soit l’âge, on termine toujours avec de vraies flèches. L’objectif est d’avoir les mêmes sensations que Robin des Bois, sourit le coach. Pour autant que l’on respecte les consignes de sécurité, il n’y a aucun danger. » Ni aucune limite à la pratique de ce sport « adapté à tous les publics, jeunes et plus âgés, malvoyants et aveugles et, au-delà, à tous les handicaps », ajoute-t-il.
Le coach en veut pour preuve la médaille d’or aux Jeux paralympiques de 2024 obtenue par Matt Stutzman, un Américain qui n’a pas de bras et tire avec ses jambes. S’il n’a jamais eu l’occasion d’entraîner de tels athlètes, Howard Catherine remarque : « Une jeune fille et un garçon souffrant de polyhandicap ont participé à l’initiation et tous deux, à leur façon, ont réussi l’exercice. » Cela confirme à ses yeux qu’il n’y a « aucune limite à pratiquer ce sport, hormis celles que l’on se pose soi-même ».


Des séances une fois par mois
En initiant au tir à l’arc des personnes malvoyantes et aveugles, Howard Catherine vise plusieurs objectifs. En particulier, il souhaite partager sa passion pour ce sport en faisant ressentir à des novices le plaisir de constater que la flèche a atteint sa cible. L’entraîneur se souvient avec émotion d’une jeune fille malvoyante. « Elle avait un sourire jusqu’aux oreilles après avoir tiré sa première flèche ». Son but est aussi de faire prendre conscience aux personnes, même très jeunes, qu’« elles peuvent faire des choses dont elles ne se croyaient pas capables ». Pour les aider à y parvenir, « il faut être encourageant et inclusif. Il faut aussi bien sûr disposer d’un bon équipement et adapter l’initiation à l’âge, l’état visuel, etc. Ce que l’entraîneur sait très bien faire », remarque la Prof. Kawasaki.
Au vu a première initiation ayant remporté un grand succès, l’expérience a été réitérée en février dernier. À l’avenir, « nous pourrions en organiser d’autres une fois par mois », précise Howard Catherine. Il espère que « des jeunes d’autres cantons pourront y participer ». Véronique, qui a beaucoup apprécié ce moment, ne pourra que s’en réjouir.
« Ma déficience visuelle ne m’a pas gênée »
Véronique, jeune malvoyante de 25 ans, a participé en octobre dernier à une séance d’initiation au tir à l’arc.

« Lorsque ma référente (la personne qui m’aide dans mon parcours de formation) m’a parlé de cette initiation, j’ai tout de suite eu envie de m’inscrire. Je pratique des sports d’endurance : triathlon, vélo, course à pied. Par contre, je ne connaissais pas du tout le tir à l’arc. En outre, je suis Jurassienne et comme j’habite actuellement à Lausanne, c’était l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes qui, comme moi, sont malvoyantes et de partager une activité avec elles.
Au cours de la séance d’initiation, après avoir écouté les consignes de sécurité, nous avons commencé par tirer avec un « faux » arc. L’objectif était de nous entraîner à faire le geste, avant d’en utiliser un « vrai ». Il y avait également quelques jeux, comme tirer sur des ballons fixés à la cible. Je ne vois pas bien du côté droit. L’entraîneur m’a donc conseillée pour que je me positionne au mieux afin de viser avec mon œil gauche. Bien que je sois droitière, je tirais donc comme une gauchère.
Ma déficience visuelle ne m’a pas du tout gênée pour tirer à l’arc. Cela m’a surprise, mais j’ai constaté que ce sport était très bien adapté aux personnes malvoyantes. Cette séance d’initiation m’a vraiment plu, je n’ai pas vu le temps passer et serais ravie de renouveler l’expérience ! »
Nous avons modifié l’article original pour en faire une version web.