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La Dre Adeline Berger avec le Prix Kattenburg 2026.
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Prix Claire et Selma Kattenburg 2026 : Adeline Berger récompensée pour sa recherche sur le rétinoblastome

Temps de lecture: 4' Posté le Par Muriel Faienza

La Dre Adeline Berger, chercheuse à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin, service universitaire d’ophtalmologie de la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne, a reçu le Prix Claire et Selma Kattenburg 2026 pour son projet RbLoop, mené en collaboration avec la Dre Christina Stathopoulos et le Dr Alexandre Moulin. Une distinction qui salue un travail ambitieux sur le rétinoblastome, le cancer de l’œil le plus fréquent chez l’enfant.

Le Prix Claire et Selma Kattenburg

Né de la volonté d’un couple d’industriels néerlandais installés à Lausanne, le Prix Claire et Selma Kattenburg honore la mémoire de leur fille et soutient la recherche scientifique de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin. Depuis 2015, une vingtaine de projets ont ainsi pu se concrétiser grâce à ce soutien.

Un cancer rare mais lourd à traiter

Le rétinoblastome touche principalement les enfants de moins de cinq ans. Si les taux de survie sont excellents dans les pays à haut revenu, les traitements actuels restent éprouvants : effets secondaires importants, risque de perte visuelle, voire d’ablation de l’œil. La survie est déjà bonne, l’enjeu du projet est de réduire le prix à payer pour y parvenir.

Le rôle central des mécanismes épigénétiques

On sait depuis longtemps que les mutations du gène RB1 sont presque systématiquement présentes dans ces tumeurs. Mais elles n’expliquent pas tout. « Le patrimoine génétique, c’est comme un livre : toutes les cellules d’un individu ont le même », explique Adeline Berger. « L’épigénétique, c’est ce qui décide quelles pages sont ouvertes ou fermées. Dans le rétinoblastome, certaines pages sont ouvertes ou fermées là où elles ne devraient pas l’être. » Contrairement aux mutations génétiques, qui modifient définitivement la séquence d’ADN, ces modifications épigénétiques sont potentiellement réversibles, ce qui ouvre des pistes thérapeutiques nouvelles.

Des recherches récentes ont par ailleurs permis d’identifier deux sous-types moléculaires de la tumeur, l’un relativement stable, l’autre beaucoup plus agressif, avec un risque métastatique élevé et une forte résistance aux traitements.

« Lire » la tumeur sans y toucher

C’est là qu’intervient la première partie du projet. Aujourd’hui, caractériser précisément une tumeur nécessite un accès direct à celle-ci, ce qui, dans le cas du rétinoblastome, implique souvent l’énucléation. Adeline Berger propose de contourner ce problème en analysant l’ADN tumoral circulant dans l’humeur aqueuse, le liquide naturellement présent dans l’œil. Cette biopsie liquide, récupérée lors d’opérations existantes plutôt que jetée comme déchet chirurgical, permettrait de reconstituer le profil épigénétique de la tumeur et de déterminer à quel sous-type elle appartient, sans y toucher directement.

« Pour la clinique, c’est une indication supplémentaire précieuse », souligne la chercheuse. « Savoir si on a affaire à une tumeur agressive ou non change les décisions : le risque de métastases, la réponse attendue aux traitements, la nécessité d’énucléer et dans quel délai. »

Reprogrammer les cellules tumorales

Le deuxième volet du projet cible le traitement des formes agressives. L’objectif est de ramener ces cellules tumorales vers un état stable et moins dangereux. « On veut réduire leur prolifération et les resensibiliser à des traitements existants », explique Adeline Berger. En d’autres termes : reprogrammer leur état épigénétique pour leur faire perdre leur agressivité. L’équipe évaluera pour cela des inhibiteurs dont certains sont déjà utilisés dans d’autres cancers, ainsi que des traitements ciblant des acteurs moléculaires spécifiquement identifiés dans les formes agressives du rétinoblastome.

Du laboratoire au chevet de l’enfant

Le nom du projet, RbLoop, dit tout de son ambition : créer une boucle vertueuse entre analyses moléculaires et décisions cliniques. « L’idée, c’est que les données très fondamentales qu’on accumule sur des échantillons de patients reviennent concrètement au patient », résume Adeline Berger. Le projet s’appuie sur une cohorte d’échantillons de globes oculaires énucléés collectés à l’hôpital, une banque conservée par le Dr Alexandre Moulin depuis plusieurs années, et sur les biopsies liquides nouvellement prélevées par la Dre Christina Stathopoulos, responsable de l’unité d’oncologie pédiatrique, qui ancre ce projet de recherche dans la clinique.

À terme, en combinant sous-typage moléculaire et nouvelles pistes thérapeutiques ciblées, l’équipe espère mieux personnaliser la prise en charge du rétinoblastome : adapter le traitement au profil précis de chaque tumeur, pour moins d’effets secondaires, plus d’yeux sauvés et une meilleure qualité de vie pour les enfants atteints de cette maladie.

La Dre Adeline Berger avec le Prix Kattenburg 2026.
La Dre Adeline Berger avec le Prix Kattenburg 2026.
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