
Mauvaise vision au volant : attention, danger !
Une bonne acuité visuelle n’est que l’une des nombreuses aptitudes nécessaires pour conduire en toute sécurité. Une vigilance accrue s’impose la nuit.
La vue est le sens le plus fortement sollicité lorsqu’on prend le volant. Elle est la principale source d’information pour les conducteurs et conductrices. Pour rouler en toute sécurité, il est donc indispensable de s’assurer d’avoir une vision correcte au volant.
Cela nécessite d’abord de posséder une bonne acuité visuelle, comme l’on nomme la capacité de distinguer des petits objets situés à grande distance. C’est ce qui permet aux automobilistes de repérer, de loin, un obstacle ou de lire les panneaux de signalisation. L’objectif est d’anticiper les dangers et de diminuer le temps de réaction.
« En Suisse, pour obtenir un permis de conduire non-professionnel, il faut avoir une acuité visuelle d’au moins 0,5 dans le meilleur œil (l’acuité normale étant de 1) et d’au moins 0,2 dans l’autre œil, précise le Dr François Thommen, co-responsable de la policlinique et des urgences de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin. Chez les personnes qui ne voient que d’un œil, elle doit être au minimum de 0,6. »
Un champ visuel suffisamment large pour une bonne vision au volant
Toutefois, précise l’expert, « contrairement à ce que l’on croit souvent, l’acuité visuelle ne suffit pas. Si une personne, après avoir eu un accident vasculaire cérébral (AVC) par exemple, ne voit plus ce qui se passe sur son côté gauche, elle aura beau avoir une excellente acuité visuelle, elle ne pourra pas prendre le volant ». La conduite nécessite donc de posséder aussi un large champ visuel. Normalement, nos yeux peuvent embrasser l’espace sur quasiment 180°. Selon les critères établis par la réglementation pour obtenir son permis de conduire, il est nécessaire « de n’avoir aucun déficit dans les 20° centraux en vision binoculaire (c’est-à-dire quand on voit de ses deux yeux) et d’avoir un champ visuel horizontal de 120° minimum ». Cela permet de repérer un cycliste arrivant à sa droite tout en gardant les yeux fixés sur la route.
La conduite est d’autre part interdite « en cas de diplopie binoculaire, c’est-à-dire de vision double causée par des troubles oculomoteurs », ajoute François Thommen.
Des obstacles ton sur ton
Reste que « même pour celles et ceux qui ont une excellente vision, la conduite nocturne est plus risquée que la diurne », souligne l’expert. La portée des phares étant limitée, il est plus difficile de distinguer un éventuel obstacle sur le bas-côté de la route et de freiner à temps pour l’éviter.
L’absence de lumière gêne davantage certaines personnes que les autres. C’est en particulier le cas de celles qui sont peu sensibles aux contrastes. En effet, « les obstacles leur apparaissent ton sur ton et ont tendance à se fondre dans le paysage », explique l’ophtalmologue. C’est aussi vrai pour celles qui s’adaptent mal aux changements de luminosité et « qui ne voient plus rien pendant quelques secondes à la sortie d’un tunnel ».
« Même pour celles et ceux qui ont une excellente vision,
Dr François Thommen, co-responsable de la policlinique et des urgences de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin
la conduite nocturne est plus risquée que la diurne »
Quant aux conducteurs et conductrices qui ont de légers troubles réfractifs, tels que la myopie ou l’hypermétropie, ils ont aussi plus de mal à conduire la nuit. En effet « la dilatation de leur pupille fait plus facilement ressortir certains phénomènes optiques, comme la diffraction. Ces phénomènes créent un halo dans la lumière des phares des voitures qu’ils croisent ». Il n’est pas recommandé de porter des lunettes avec dotées de filtres jaunes. « Elles n’améliorent pas les performances visuelles nocturnes et, en outre, elles réduisent le peu de lumière qui pénètre dans l’œil jusqu’à la rétine », souligne François Thommen.
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