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Tumeurs intraoculaires proton, sur ordinateur
Bienvu!

Traiter le cancer grâce aux protons

Temps de lecture: 5' Posté le Par Esther Rich

Irradier pour préserver l’œil et la vision résiduelle

Un grand nombre de personnes atteintes d’une tumeur intraoculaire sont envoyées par l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin au Paul Scherrer Institut de Villigen, en Argovie. Une collaboration fructueuse qui dure depuis 1984.

Les Dres Alessia Pica (à gauche) et Ann Schalenbourg (à droite) discutent ensemble du traitement d’un cas de mélanome à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin

La Dre Ann Schalenbourg, médecin adjointe et responsable de l’unité d’oncologie oculaire de l’adulte à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin, et la Dre Alessia Pica, médecin cadre et radiooncologue au Paul Scherrer Institut (PSI), se voient au moins une fois par semaine à Lausanne, et pour cause : les deux femmes travaillent en équipe pour soigner des personnes atteintes d’une tumeur intraoculaire. « Avant d’être envoyés au Paul Scherrer Institut, les patients et patientes passent par ma consultation, où je confirme le diagnostic et j’évalue s’il est utile de leur proposer la proton-thérapie », explique la Dre Schalenbourg. Si c’est le cas, ils et elles intègrent alors le programme OPTIS (lire encadré).

La protonthérapie est une technique d’irradiation qui utilise, comme son nom l’indique, des protons pour détruire la tumeur et non des photons comme c’est habituellement le cas. « Ces particules permettent d’irradier une tumeur de manière très ciblée et d’épargner le tissu sain environnant, explique la Dre Schalenbourg. Cette précision permet souvent de garder une vision résiduelle et de ne pas avoir à enlever l’œil. Par ailleurs, grâce à l’utilisation des protons, on parvient à envoyer une dose d’énergie beaucoup plus importante que ce que l’on peut faire avec des photons. »

Les cancers intraoculaires, comme le mélanome intraoculaire, celui de la conjonctive ou encore l’hémangiome, sont des candidats idéaux à la protonthérapie, raison pour laquelle les personnes atteintes sont envoyées au PSI à Villingen. Ce laboratoire de recherche scientifique de la Confédération, établi en Argovie, est le seul centre de protonthérapie de Suisse. « Cette technologie nécessite une infrastructure complexe et donc coûteuse, qu’on ne pourrait pas implanter facilement ailleurs comme cela se fait avec les centres de radiothérapie aux photons, précise la Dre Pica. Sans oublier que la protonthérapie requiert une expérience en radio-oncologie particulière. »

À Villigen, sur l’OPTIS, la tête du patient est tenue avec un masque sur mesure qui empêche tout mouvement involontaire le temps de la radiation (quelques secondes)

Excellents résultats pour les mélanomes

Pas étonnant dès lors que la collaboration entre l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin et le PSI ait commencé dès 1984. « Depuis, environ 8000 patients et patientes ont été traitées au PSI, des personnes qui ne provenaient pas toutes de Lausanne, précise la Dre Schalenbourg. Nous obtenons d’excellents résultats pour les mélanomes : dans 98,8 % des cas, la tumeur ne réapparaît pas cinq ans après le traitement. »

À noter que le mélanome intraoculaire touche principalement des personnes caucasiennes adultes, entre 55 et 60 ans. « Au PSI, nous avons chaque année environ 200 patients et patientes dans le programme OPTIS et environ 150 autres viennent pour des tumeurs profondes où la protonthérapie est préconisée », explique la Dre Pica. La spécialiste ne travaille pas uniquement sur des cancers oculaires, mais elle traite également les tumeurs cérébrales et pédiatriques. « À Villigen, nous traitons 70 % des enfants atteints d’un cancer en Suisse qui ont besoin d’une radiothérapie pour leur traitement. Dans leur cas, la protonthérapie, de par son action très ciblée et une meilleure protection des tissus sains autour de la tumeur, est particulièrement indiquée. »

Bien que les protons semblent être plus précis que les photons, ils ne sont pour l’instant utilisé chez les adultes que pour des types de cancers spécifiques et localisés dans des zones sensibles, comme l’œil ou le cerveau. « Ces traitements coûtent très cher et nous n’avons pas encore suffisamment de preuves scientifiques qu’ils soient plus efficaces dans le cas d’un cancer du sein, par exemple. La recherche est en cours pour élargir la liste des indications que nous traitons. Nous menons actuellement une étude clinique sur le cancer du poumon et sur celui de l’œsophage », conclut la Dre Pica.

Dre Alessia Pica

OPTIS : un programme très personnalisé

Une personne atteinte d’un mélanome intraoculaire diagnostiqué par la Dre Ann Schalenbourg, médecin adjointe et responsable de l’unité d’oncologie oculaire de l’adulte à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin, devra se soumettre à un marathon thérapeutique, car avant de pouvoir bénéficier des séances de rayons, elle devra se faire poser des anneaux autour de l’œil. « Il s’agit de minuscules boutons que je dois disposer par voie chirurgicale autour de la tumeur, explique la spécialiste. Cela permet de bien la délimiter. J’opère donc le ou la patiente le mardi, il ou elle sort de l’hôpital le lendemain et le jeudi, se rend au Paul Scherrer Institut (PSI). »

À Villigen, l’équipe de la Dre Alessia Pica, médecin cadre et radiooncologue au PSI, prend le relais. Elle prépare alors la machine et les outils pour s’attaquer à la tumeur spécifique du patient ou de la patiente. « Grâce à l’emplacement délimité par les anneaux, nous fabriquons un collimateur en métal qui va être posé sur l’appareil à radiation et qui va permettre de créer un faisceau de protons personnalisé selon la forme de la tumeur », précise la Dre Pica.

Reste encore à définir la profondeur à laquelle le faisceau doit se rendre pour atteindre le tissu tumoral et la position dans laquelle doit se trouver l’œil pour que les protons atteignent leur cible. Après une séance de simulation le lundi, du mardi au vendredi de la semaine suivante, le ou la patiente se rend au PSI pour une séance quotidienne d’irradiation. « La collaboration de la personne est indispensable tout au long de la séance car elle doit fixer une lumière de telle sorte à ce que son œil soit bien placé. Grâce à une surveillance en direct par caméra, nous pouvons interrompre en tout temps l’irradiation si l’œil a bougé. »

Entre le diagnostic et le traitement, le laps de temps est donc très court. « Lorsque les rayons ont stérilisé leur cible, nous avons accompli la première étape pour préserver l’œil et la vision résiduelle. Les prochaines étapes seront franchies au cours des années suivantes à l’Hôpital ophtalmique, où la prévention et le traitement des effets secondaires tardifs vont assurer une cicatrisation optimale de la tumeur et des tissus irradiés, afin d’éviter une énucléation secondaire et de conserver la meilleure vision possible », conclut la Dre Pica.

Nous avons modifié l’article original pour en faire une version web.

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