« Ma maladie impacte peu ma vie »
Atteint d’une rétinite pigmentaire qui a déjà beaucoup réduit sa vision, le pianiste Loris Mittaz mène une carrière musicale prometteuse, parallèlement à sa formation de masseur médical. Il présente son dernier album comme une véritable thérapie.
À 25 ans, Loris Mittaz a déjà une longue expérience de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin. Le jeune Valaisan y vient en effet chaque année depuis vingt ans. De ses premiers problèmes de vue qui ont débuté dans l’enfance, il ne garde que quelques souvenirs. « Je n’arrivais pas bien à lire le tableau si j’étais assis au fond de la classe. Les médecins ont d’abord évoqué une myopie, mais au fil des examens, le diagnostic s’est précisé : je souffre d’une rétinite pigmentaire. Mais je ne me souviens pas particulièrement de ma réaction quand on me l’a annoncé. La seule chose qui m’embêtait vraiment, c’était la perspective de devoir un jour arrêter le foot », raconte d’une voix douce le musicien.
Quand il a en effet dû raccrocher ses crampons, il a commencé, sous l’impulsion de ses parents, à prendre des cours de piano, sans savoir alors que la musique deviendrait une passion et le piano, un confident.
Pas de manque
La rétinite pigmentaire est une maladie dégénérative qui entraîne une perte progressive de la vision. Elle peut conduire à la cécité et il n’existe pas de traitement. Mais Loris Mittaz l’avoue, il ne s’est jamais trop informé sur sa maladie. « Parce qu’en fait, elle impacte peu ma vie, justifie-t-il. Les gens ne me comprennent pas toujours, car la vue est le sens que l’on utilise le plus quand on est voyant. Mais j’ai grandi avec cette différence, elle a presque toujours fait partie de ma vie. Je ne ressens donc pas forcément un manque. À un moment, j’ai eu peur de ne plus voir les visages de mes proches. Cela a fini par arriver et je ne m’en suis même pas rendu compte », explique le jeune homme.
Et de confier se réjouir de bientôt ne plus voir du tout : « Le cap sera passé et il n’y aura plus à avoir peur. » Cette future « nuit permanente » a donné son titre au dernier album de Loris Mittaz, Black out, qui se clôture par une chanson éponyme, écrite et interprétée par le rappeur valaisan Lionel Berclaz. Elle raconte la trajectoire du jeune pianiste. « J’ai pris conscience qu’il y avait quelque chose que je n’avais pas encore réglé avec mon passé. Au lieu d’entamer une thérapie, j’ai composé cet album. Avec Lionel, nous avons eu un véritable coup de foudre amical. Quand il m’a montré son texte, j’ai été très touché. Cette chanson, personne d’autre n’aurait pu l’écrire », poursuit le jeune homme.
Interventions dans les écoles
Loris Mittaz estime que cet album lui a permis de passer un cap. « J’ai senti un poids en moins. Maintenant, je ne considère plus que j’ai un handicap, je parlerais seulement d’une différence », énonce-t-il sereinement. Pour sensibiliser à la rétinite pigmentaire et lutter contre la stigmatisation que les personnes non voyantes subissent régulièrement, le pianiste aimerait multiplier les interventions qu’il fait dans les écoles. Nul doute que Kila, son nouveau chien-guide, sera une aide précieuse dans la médiation avec ce jeune public. Le labrador va prendre la relève de la fidèle Anis, désormais à la retraite. « Toute la famille avait une peur bleue des chiens quand elle est arrivée il y a une dizaine d’années, nous avons dû faire beaucoup d’efforts, se remémore avec amusement le jeune homme. Mais il est évident aujourd’hui qu’elle continuera à vivre à nos côtés ! ».
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