Innover
Nouvelle organisation et avancées prometteuses
La recherche à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin se réorganise autour de quatre unités stratégiques pour accélérer l’innovation clinique et technologique et renforcer les liens entre science fondamentale, pratique médicale et besoins des patientes et patients.
Depuis novembre 2025, la recherche à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin a changé d’organisation. Elle est désormais chapeautée par un comité de direction et structurée en quatre unités thématiques. Le comité est dirigé par la Prof. Chiara Eandi, cheffe scientifique et directrice de la recherche, accompagnée du Dr ès sc. Diego Ghezzi, directeur associé, et du Dr ès sc. Michaël Nicolas, adjoint scientifique.
Chaque unité a son ou sa responsable de recherche. Ainsi, l’unité imagerie et intelligence artificielle est sous la houlette de la Dre ès sc. Ciara Bergin ; l’unité génétique et mécanismes pathologiques est gérée par le Dr ès sc. Muhammad Ansar ; l’unité de neuro-ophtalmologie est dirigée par le Prof. Silvio Ionta et le Centre d’investigation clinique est chapeauté par Aurélia Gryczka. « Cette nouvelle organisation permet une meilleure collaboration entre les chercheuses et chercheurs. Les axes stratégiques de recherche, représentés par les quatre unités, sont aussi plus clairs », précise la Prof. Chiara Eandi.
Accélérer l’innovation clinique et technologique et renforcer les liens
Le Prix Claire et Selma Kattenburg 2025 a récompensé trois projets. Le premier, dirigé par le Dr ès sc. Mattia Tomasoni, explore, à l’aide de l’intelligence artificielle et de données génétiques, les origines d’un trouble oculaire impliqué dans la choriopathie séreuse centrale. Le projet « MitoEye : Mitochondrial Genome Instability in Aging Retina » du Dr Muhammad Ansar s’intéresse au rôle de l’instabilité de l’ADN mitochondrial (ADNmt) dans le vieillissement rétinien et la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Les tissus rétiniens sont en effet riches en mitochondries, ces centrales électriques présentes dans chaque cellule et MitoEye veut démontrer que la fragilité de l’ADN mitochondrial est un facteur de risque, ce qui permettrait un diagnostic précoce et de nouvelles stratégies thérapeutiques. Le Dr Kevin Müggler a également été récompensé pour le développement d’un outil de détection précoce de la sclérose en plaques, basé sur l’analyse des mouvements oculaires et l’imagerie cérébrale.

En effet, l’œil est un organe qui peut refléter d’autres maladies. Parmi elles, la sclérose en plaques, une maladie auto-immune qui attaque la gaine protectrice des nerfs. « Parmi les symptômes neurologiques liés à la sclérose en plaques, il y a des difficultés à bouger les yeux. Ces troubles sont causés par des lésions au niveau du nerf optique et d’autres voies nerveuses qui contrôlent les mouvements oculaires. Ils apparaissent souvent précocement », explique le Dr Kevin Müggler, chef de clinique adjoint. Son projet « Examen des subcliniques des paramètres oculomoteurs dans la sclérose en plaques » pourrait prédire l’évolution de la maladie. « La diagnostiquer rapidement est absolument essentiel. Les personnes malades pourraient bénéficier plus vite de traitements adaptés », conclut-il.

Performances visuelles dans la vie réelle
En décembre, une nouvelle plateforme de recherche en neurosciences a été lancée. Baptisée « Low Vision Human Neuroscience », elle est constituée de deux parties. La première prend la forme d’un espace pour évaluer les performances visuelles dans la vie de tous les jours. Conçu par le Dr ès sc. Diego Ghezzi, responsable du groupe «Ophthalmic and Neural Technologies », ce Mobility Lab est équipé de capteurs qui permettent une analyse numérique de l’activité, intégrée avec la réalité virtuelle. « A l’Hôpital l’acuité visuelle est mesurée à travers des tests spécifiques faits sur place. Le Mobility Lab s’intéresse à traduire ces paramètres dans des conditions de vie réelle. Les thérapies de réhabilitation se basent sur la réalité de la personne afin de l’aider le mieux possible », explique le Dr Ghezzi. Ce laboratoire permettra de faire le lien entre les données scientifiques et quantitatives et le quotidien.

Développée par le Prof. Silvio Ionta, responsable du groupe « SensoriMotorLab », la deuxième partie de la plateforme est le laboratoire de neurophysiologie de la vision. On y applique de nouvelles méthodologies pour stimuler des régions spécifiques du cerveau. « La vue ne dépend pas uniquement des yeux, mais également du cerveau. L’activation de ce dernier a des effets sur les performances visuelles. Nous étudions comment ces deux organes interagissent. », explique le Prof. Ionta.
Innover signifie parfois valoriser un équipement ayant déjà fait ses preuves. Un dispositif d’imagerie médicale, baptisé Panoret, était utilisé pour le diagnostic et le suivi des tumeurs oculaires. Cet outil, aux fonctionnalités particulièrement adaptées à l’oncologie oculaire, n’était malheureusement plus commercialisé et le modèle existant était en passe de devenir obsolète. Forte de ce constat, la Fondation a lancé le projet « Panoret II » visant à reproduire et améliorer ce dispositif.
Faire le lien entre les données scientifiques et le quotidien de la personne atteinte dans sa vision
« Grâce aux dons de six fondations, de trois privés et de la Loterie Romande, nous avons pu mener à bien ce projet. Il a mobilisé des ressources internes et externes pour assurer la faisabilité technique, produire le prototype et soumettre la documentation pour l’homologation auprès de Swissmedic. Un vrai succès d’équipe », se réjouit Juliette Fahlenbrach, responsable du mécénat et des relations donateurs.