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BIOphtalMICS : une biobanque numérique au service de la recherche oculaire

Temps de lecture: 4' Posté le Par Muriel Faienza

La Fondation Asile des aveugles lance un projet ambitieux pour cartographier les grandes maladies oculaires à l’échelle moléculaire. Soutenu par la Loterie Romande, BIOphtalMICS réunit des chercheurs, des cliniciens et une startup innovante autour d’une vision commune : mieux comprendre, prédire et traiter les maladies des yeux.

Comprendre les maladies oculaires à l’échelle moléculaire

Pourquoi certaines personnes développent-elles une dégénérescence maculaire liée à l’âge alors que d’autres non ? Pourquoi un traitement fonctionne-t-il chez certains patients mais pas chez d’autres ? Pour répondre à ces questions, il faut regarder au-delà de ce que révèle une simple consultation : il faut analyser les maladies oculaires à l’échelle des molécules, des gènes et des cellules.

C’est précisément l’ambition du projet BIOphtalMICS, le prolongement numérique de la biobanque institutionnelle de l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin. Son objectif : dresser une cartographie fine des principales pathologies oculaires — dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), rétinopathie diabétique, dystrophies cornéennes, décollements rétiniens et tumeurs oculaires, entre autres — en exploitant les données biologiques issues d’échantillons déjà collectés au sein de l’hôpital.

Une biobanque numérique : bien plus qu’une simple base de données

Au cœur du projet se trouve une biobanque numérique, une infrastructure qui centralise et organise des données biologiques complexes issues de biopsies variées : humeur aqueuse (le liquide à l’intérieur de l’œil), sang, larmes, tissus oculaires. Ces prélèvements, réalisés par les médecins de l’Hôpital dans le cadre d’interventions au bloc opératoire ou de soins plus courants, sont transformés en informations précieuses : données génétiques, protéines, métabolites, et bien d’autres encore.

L’enjeu n’est pas seulement de stocker ces données, mais de les mettre en relation pour en extraire des connaissances utiles. C’est là que réside l’aspect novateur du projet.

Les avatars biologiques : un jumeau numérique pour chaque patient

L’une des caractéristiques les plus innovantes de BIOphtalMICS est la création d’avatars biologiques. Cette technologie, encore peu connue du grand public, consiste à construire un modèle virtuel de la biologie d’un patient ou d’une patiente à partir de l’ensemble de ses données moléculaires — un peu comme un « jumeau numérique » biologique.

Concrètement, cet avatar ne ressemble pas à un personnage de jeu vidéo ! C’est une représentation informatique des processus biologiques propres à chaque individu. Il permet de simuler comment une maladie est susceptible d’évoluer, comment un patient pourrait répondre à un traitement existant ou expérimental, ou encore quels facteurs de risque le rendent plus vulnérable à une pathologie donnée. Pour les équipes de recherche et les médecins, c’est un outil puissant pour poser des questions scientifiques et obtenir des réponses sans nécessiter de nouveaux prélèvements à chaque fois.

Cette nouvelle approche de la biobanque est rendue possible grâce à une collaboration avec la startup TwinEdge Bioscience, qui apporte son expertise en bio-informatique pour intégrer et analyser ces données complexes.

Schéma du projet BIOphtalMICS.

Une collaboration entre chercheurs, cliniciens et startup

BIOphtalMICS illustre le modèle de recherche que la Fondation Asile des aveugles souhaite promouvoir : celui de la collaboration étroite entre équipes de recherche académiques, médecins au quotidien dans la clinique et entreprises innovantes. Les équipes de la Fondation apportent leur expertise en ophtalmologie et des années de prélèvements biologiques soigneusement conservés. TwinEdge Bioscience fournit de son côté les outils bio-informatiques nécessaires pour donner du sens à ces données à grande échelle.

Le projet s’appuie également sur les plateformes technologiques de la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL, ainsi que sur des infrastructures nationales reconnues comme la Swiss Biobanking Platform et le Centre lémanique de séquençage. Ces connexions garantissent non seulement la qualité scientifique des données, mais aussi leur interopérabilité, c’est-à-dire la capacité à les partager et à les utiliser au-delà des murs de l’Hôpital ophtalmique lausannois, dans d’autres contextes cliniques ou de recherche en Suisse.

Un impact concret pour les patients

À terme, BIOphtalMICS permettra aux différents groupes de recherche de répondre rapidement à une large gamme de questions cliniques touchant à la prédisposition aux maladies oculaires, à leur évolution naturelle et à la réponse aux traitements existants ou en développement.

Ce type de recherche dite translationnelle — qui fait le lien entre la science fondamentale et la pratique médicale — est au cœur de la mission de la Fondation. En dotant ses équipes d’une biobanque numérique enrichie d’avatars biologiques, la Fondation Asile des aveugles entend renforcer durablement la portée scientifique de sa recherche, au bénéfice direct des patients.

CHF 800 000 pour une recherche d’avenir

BIOphtalMICS a reçu un financement de près de CHF 800 000 de la Loterie Romande, témoignant de la confiance accordée à la démarche scientifique portée par les équipes de la Fondation.

Conçue pour grandir, cette infrastructure vivante est portée par les chercheuses et chercheurs et les médecins dont les prélèvements quotidiens constituent la matière première de la science ophtalmique de demain.

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